Nathalie Nevejans (Université d’Artois)

Depuis plusieurs années, les progrès de l’intelligence artificielle sont prodigieux. Ses impacts en termes économiques, sociaux, juridiques et éthiques sont considérables… et pourtant souvent méconnus, spécialement concernant ses implications juridiques et éthiques. Les systèmes autonomes ont attiré l’attention du législateur européen, comme en témoigne la Résolution européenne sur les règles de droit civil sur la robotique du 16 février 2017. Sous prétexte de régler les problèmes de responsabilité en cas de dommage causé par un tel système, ce texte suscite plus de difficultés qu’il n’en résout, et fait surtout craindre que l’on finisse par considérer les agents autonomes comme des personnes d’un point de vue juridique. Pourtant, les véritables questions de fond à se poser aujourd’hui en IA ne sont pas celles concernant la responsabilité. En réalité, ce sont surtout les problématiques éthiques qu’elle génère qui imposent une profonde réflexion. A côté des difficultés liées à la confiance dans les algorithmes, ce sont peut-être surtout les usages qui méritent une grande attention. En effet, le développement de l’IA risque d’impacter les droits humains. Que restera-t-il de notre société fondée sur les droits de l’homme si les machines que nous utilisons nous traitent de manière inhumaine ? Quelle éthique en IA ? Les solutions existent-elles déjà ou doivent-elles être inventées ? Les scientifiques ne peuvent pas ignorer ces interrogations fondamentales, car ce sont eux qui sont au cœur de ces technologies.

Nathalie Nevejans: Nathalie Nevejans est maître de conférences en droit privé à l’Université d’Artois, habilitée à diriger les recherches (HDR), et membre du Comité d’éthique du CNRS (COMETS). Auteure de nombreux articles, participant à des manifestations provenant tant du monde académique que du secteur industriel, elle est l’une des rares spécialistes en France du droit et de l’éthique de la robotique, de l’intelligence artificielle et des technologies émergentes. Elle est aussi membre du Centre de recherche Droit, Ethique et Procédures (EA n° 2471), ainsi que de l’Institut pour l’Etude des Relations Hommes-Robots (IERHR). Son livre « Traité de droit et d’éthique de la robotique civile », LEH éditions (1232 pages) est paru en 2017.